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Compte rendu World Cup 2016

 

 

Ça y est j’ai terminé les compétitions pour cette année 2016. Il est temps de faire le bilan sur la saison.

Cette année a été remplie de doutes : « est ce que je continue la compétition ? », « en bloc, en difficulté ?». Des questions qui m’ont trotté dans la tête jusqu’au mois de Juillet. Aujourd’hui je peux y répondre : Oui je continue, en diff, en bloc et même en vitesse.

Je me lance dans un objectif (peut être ambitieux) mais qui va me permettre de me lever les matins avec l’envie de vaincre : me sélectionner pour les J.O de Tokyo en 2020.

 

Ce regain de motivation est essentiellement dû à ma sélection en équipe de France de difficulté et à ma participation à 4 Coupes du monde entre le mois de Juillet et le mois d’Aout.

Effectivement, me croyant en bout de course après un championnat de France de bloc plus que raté, je suis arrivé à Pau pour le Championnat de France de Difficulté sans m’être préparé (j’avais remis mon baudrier seulement la semaine avant la compet’). Et là, surprise, je me sens super à l’aise dans ma grimpe, je me place dans les meilleurs à chaque tour et finis 6ème après un gros combat dans la superbe voie de finale. Me voilà de retour de Pau avec dans la poche un ticket pour les premières coupes du Monde et une sélection en équipe de France.

Je ne mets pas longtemps à percuter que là il faut sérieusement que je m’y mette si je veux éviter la catastrophe à l’international !! C’est parti pour un entraînement précipité en vue de la première étape qui a lieu à Chamonix, capitale mondiale de l’escalade les 11 et 12 Juillet.

Tout le secret d’un entraînement de qualité est de trouver le juste milieu en « assez » et « pas trop ». Et autant dire qu’en seulement un mois de préparation pour une coupe du Monde il est difficile de pas en faire trop ! Mais bon, lors d’un stage équipe de France à Voiron je constate que je ne suis pas non plus ridicule.

 

 

Coupe du monde de Chamonix :

Voilà le jour tant attendu, la première étape de la saison en plein cœur des Alpes, au pied du Mont-Blanc. Toute l’équipe se retrouve pour un petit briefing et surtout pour admirer les voies proposées par les ouvreurs pour le tour de qualification. Le mur de Chamonix (celui qu’ils ont aussi utilisé pour les Championnats du Monde à Paris) fait 15 mètres de haut avec un dévers de 45°. Autant dire que ça penche ! Les voies sont superbes, entièrement tracées avec des prises de la marque Cheeta (c’est la mode en ce moment).

Je passe dernier des qualifications, c’est la position que j’ai le plus de mal à gérer car plus le temps passe, plus on voit des grimpeurs monter dans les voies et plus le stress monte. Le mieux est de ne pas regarder les grimpeurs et même de sortir de l’aire de compétition pour se changer les idées. Mais c’est plus facile à dire qu’à faire …

En fin d’après-midi, après avoir attendu toute la journée mon tour, c’est à moi de m’élancer dans la première voie, un 8b+ physique sur arquées. J’attaque la voie en tremblant, ma journée passée à attendre et l’accumulation de stress m’ont cassé les jambes. J’arrive cependant à mettre un peu de rythme (histoire de sauver les meubles) et je sors vite de la première partie technique de la voie. Maintenant place à une grande partie de résistance sur arquées : j’entame bien les première sections sans gaspiller trop d’énergie, mais je fais une erreur, un pied pas au bon endroit et à ce niveau-là les erreurs ça ne pardonne pas. Je redescends de ma voie déçu de n’avoir pas pu me battre.

Après un léger rééchauffement je pars dans la voie 2, un peu plus facile que la première et dans un style différent : grands mouvements physiques sur prises plates. Après la frustration de la voie 1 je pars avec l’envie d’en découdre. Les mouvements de la voie m’empêchent de mettre du rythme mais je me bats et finis par tomber complètement pété à la sortie du dévers. Ça fait plaisir de finir une voie dans cet état.

Malheureusement pour moi la compétition s’arrêtera là, le niveau est tellement élevé que l’on n’a pas le droit à l’erreur. Je finis 47ème.

Coupe du monde de Villars-sur-Ollon (Suisse) :

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A la fin de la même semaine que l’étape de Chamonix, nous voilà à Villars-sur-Ollon, une petite station de ski Suisse. Les membres de l’équipe de France sont moins nombreux sur cet évènement (six grimpeuses et six grimpeurs sont présents) et le sentiment que l’on forme une équipe est plus présente qu’à Chamonix, on dort tous dans le même appartement donc on passe tout notre temps ensemble. Le mur de Villars et une copie de celui de Chamonix mais sans le volume au centre. Et les voies proposées par le chef ouvreur (entraîneur de l’équipe de France de bloc) sont typées bloc avec des mouvements de force très intenses. Un style de voie qui me correspond plutôt bien. En plus bonne nouvelle, je passe 1er des qualifications !!

Je commence par la voie 2, il est 7h30 et à Villars pas encore de soleil. Un bon échauffement est donc primordial si je ne veux pas attraper l’onglet dans la voie. Après deux heures passées à réveiller les muscles, échauffer les doigts, c’est l’heure. Si j’ai tiré une leçon de l’étape à Chamonix c’est que j’ai ma place ici et que si je veux grimper au mieux il faut que je me relâche. Je pars dans la voie très relâché et sans pression. Mes sensations sont super bonnes, je grimpe avec de l’engagement et je passe les difficultés de la voie sans trop gaspiller d’énergie. Je monte vite à la sortie du dévers et tombe sur un mouvement aléatoire à quelques mouvements du TOP. La compétition commence bien !

Km

2 heures après, c’est parti pour la voie 1 qui voit beaucoup de grimpeurs chuter à un mouvement dynamique à la moitié de la voie. Là mes qualités de bloqueur font la différence et je passe sans trop de difficulté le mouvement clef qui valide ma place en demi finale. Je tombe quelques mouvements plus loin et je me place 23ème à l’issue des qualifications.

 

Ok

Me voilà donc qualifié pour la première fois en demi finale de coupe du Monde !

Les demies ont lieu le lendemain matin, je passe quatrième donc je commence à m’échauffer assez tôt parce que, comme la veille, il fait froid sur le mur à 9h30 ! 

C’est parti pour la lecture de la voie, 6 minutes pour déchiffrer une voie d’une quarantaine de mouvements. Et là je reste perplexe, il y a deux passages dans la voie où la solution est loin d’être évidente. Il faut cependant que je fasse un choix. Ma stratégie dans cette voie est de rien laisser au hasard, je défini chaque mouvement et je fonce, quitte à me tromper. C’est la seule solution si je veux accrocher la finale.

C’est mon tour, je rentre sur la scène, pas très étonné de voir qu’il n’y a pas beaucoup de spectateurs ce matin-là. Comme prévu, je fonce, et ça marche bien, j’arrive vite à une section dure sur volumes, et ma méthode était la bonne, je sais à ce moment-là que j’ai gagné des places. Je continue à avancer me retrouve au crux de la voie : un mouvement dynamique sur un trou difficile à viser. Je manque de précision et tape juste en dessous du trou. Je descends de ma voie content de mon run mais un peu frustré par ce dernier mouvement raté. Au fur et à mesure que les grimpeurs défilent je me rends compte que ma performance était loin d’être ridicule. Ramon Julian, Gauthier Supper, Domen Skofic et plein d’autres tombent avant. Je me mets à compter, ça va peut-être passer pour la finale. Le suspens aura duré jusqu’au dernier grimpeur et finalement pour être qualifié il aurait fallu que je tienne la prise que j’ai raté. Je manque donc de peu la finale et par la même occasion la sélection pour les Championnats du Monde à Paris. C’est le jeu.

Je finis 12ème de la compétition.

 

 

 

Coupe du Monde de Briançon :

Deux semaines plus tard, rendez-vous dans le fort de Briançon. C’est une étape que les Français attendent avec impatience : un super public, une super ambiance et des belles voies rési. Moi aussi j’attendais cette étape avec impatience car trois ans auparavant je faisais mes premiers pas en Coupe du monde sénior ici à Briançon et cette compétition ne s’était pas bien passée … Me revoilà avec l’envie d’en découdre, de faire la fête à ce mur prestigieux.

Une fois sur les lieux de la compétition je suis vite déçu. Déjà le mur n’a rien de ceux de Chamonix et Villars, il est vieux, on voit le jour à travers les plaques et un profil old-scool : dalle, toit, dalle. En plus de ça, alors que les voies des autres coupes du Monde sont ouvertes avec des prises neuves, à la pointe de la technologie, ici on dirait qu’ils ont fait les fonds de tiroirs pour nous sortir les plus vieux fossiles préhistoriques ! La voie 1 paraît basique, une échelle de réglettes du bas jusqu’en haut ; la voie deux est plus complexe et a pas l’air mal.

 

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Je commence la compétition par la voie 2. Je passe avant dernier (décidément …), dès les premiers mouvements je doute, ma grimpe n’a rien à voir avec celle de Villars, je ne suis pas serein et j’ai l’impression que je vais tomber à chaque mouvement. Je monte doucement avec l’impossibilité de mettre du rythme, honnêtement je n’y ai même pas pensé. Je tombe à un mouvement physique à la sortie du toit alors que justement c’est sur ces mouvements là que je peux faire la différence.

Lp

Après un petit calcul je constate que si je veux aller en demi-finale avec ma performance dans la voie 2, il faut que je sorte la voie 1. Là je pars survolté, je sais que tout se joue dans les derniers mouvements de la voie. Il y a tout en haut un clipage sur un plat, très dur à faire et je choisis donc de le réaliser avec la prise d’avant. J’arrive bien à cet endroit, clip la dégaine et là je me rends compte de mon erreur, j’ai mousquetonné  avec la main droite alors qu’il fallait que je garde le plus d’énergie possible dans le bras gauche pour le dernier mouvement. La place en demi finale s’envole donc lorsque je chute en effleurant la prise finale de la voie.

J

Je suis déçu de moi dans cette étape mais je constate quand même un réel progrès par rapport à ma participation trois ans auparavant.

Je termine 38ème

 

Coupe du monde d’Imst (Autriche) :

  Enfin le mois d’Août et avec lui les VACANCES !! Avec Mathilde on a prévu un petit road et roc trip entre Italie et Autriche. On attaque par quelques jours dans le site de bloc du Val Daone proche du lac de Garde où on reprend un peut des sensations avec le caillou. C’est un spot en altitude où la météo est un peu capricieuse. Un beau gneiss gris clair et de super lignes avec un cadre apaisant au milieu des chevaux et autres animaux du ranch d’à côté.

https://www.youtube.com/watch?v=0UNx5Dfp8M0

 On se déplace ensuite à Arco où on passe une semaine sur la falaise de Massone. Une falaise de calcaire mythique avec ses 200 voies du 4a au 9a. On part d’Arco et on continue notre périple en Autriche où nous visitons Innsbruck (pour reposer la peau et les biscotos). Et nous filons à l’ouest rejoindre notre pote Guillaume pour aller découvrir un super spot de bloc au milieu des pistes de ski. Silvapark. Un granit très abrasif et un paysage à couper le souffle. De super moments.

https://www.youtube.com/watch?v=u7ALsbJIiuI

On redescend de notre montagne pour aller faire un peu de falaise autour de la ville d’Imst. Et puis c’est l’heure de remettre le maillot « France » pour la dernière étape de l’été, ici à Imst.

Le mur est une grande arche de 20 mètres de haut qui commence par 12 mètres de vertical, léger dévers, et termine par un dévers de 15 mètres qui penche sacrément. Du bas c’est très impressionnant. Les voies proposées sont très techniques avec des départs très fins où on a vite fait de zipper du pied de la main ou même de perdre l’équilibre.

Je commence par la deuxième voie. Avant moi plusieurs personnes sont tombées dans les 7 premiers mètres de la voie. La pression monte, je sais que je ne suis pas le meilleur dans ce profil. J’attaque la voie très concentré et avale la partie en dalle avec une grimpe sans erreurs et précise, parfait. Mes trois semaines sur le caillou dont deux semaines de bloc m’ont fait progresser en tenue de prise, en équilibre et en précision. Me voilà dans le dévers, sur des plats. C’est ma spécialité. Mais il ne faut pas confondre vitesse et précipitation. Une zipette du pied et c’est la correction. Je me retrouve en bas de la voie sans même avoir compris ce qui s’était passé.

Jk

Un coup dur, je me sentais bien et me voilà déjà en bas. Je n’ai pas eu le temps de m’exprimer.

La voie 1 est plus rési. J’avance bien, au niveau physique je sens que j’ai progressé. Les mouvements me paraissent faciles mais je manque évidement de rési et tombe complètement farci après une grosse bataille les coudes levés.

Résultat mitigé, je suis content de mon niveau général mais il y a cette zipette qui me coute encore une fois la place en demi finale.

Je termine 39ème.

 

Retour à la maison pour commencer l’entrainement, après un été très enrichissant et avec plein d’objectifs en tête pour la saison qui vient. Et la cerise sur le gâteau : une toute nouvelle structure d’entraînement dans mon club du Puy en Velay.